Les maladies des griffes
Dr Méd Vét, Dip ECVD, Cert
Derm Vét, DU Allergologie/Immunologie
Clinique Vétérinaire, 17 Bvd
des Filles du Calvaire, 75003 Paris
Clinique Vétérinaire, 6 rue
Mare Pavée, 35510 Cesson-Sévigné
Ecole Nationale Vétérinaire
de Nantes, route de Gachet, 44000 Nantes
Chez l’homme, les atteintes unguéales
sont fréquentes et peuvent être le reflet d’une maladie générale ou être
localisées à l’ongle. Il existe des causes variées. Des livres entiers sont
consacrés aux maladies des ongles, le plus célèbre étant le « Nail
diseases » de Baran. Certains dermatologues sont d’ailleurs spécialisés
exclusivement dans cette discipline topographique…
Chez le chien et le chat, les
affections des griffes sont relativement rares, mais méritent d’être connues.
Cet exposé est largement inspiré d’un article de référence du Docteur DN
Carlotti « Claw diseases in dogs and cats » publié dans European
Journal of Small Animal Practice, 1999, 9, 21-33, auquel le lecteur est appelé à
se reporter.
Les griffes sont des productions
cornées spécialisées qui ont de multiples rôles : déplacement, préhension,
protection … Les maladies des griffes sont décrites par des termes particuliers,
qu’il faut connaître (bien que certains noms puissent de prime abord apparaître
barbares).
L’inflammation de la griffe est
appelé onyxis, celle du pli unguéal périonyxis. La griffe peut
être déformée (onychogryphose), fissurée (onychoschisie),
fracturée (onychorrhexie ou onychoclasie), ramollie (onychomalacie)
ou peut tomber (onychomadèse). La présence de
sillons longitudinaux sur la griffe est appelée trachyonychie.
La griffe est faite d’une couche
cornée épaisse produite par l’épiderme. On distingue une partie ventrale (la
sole) et une partie dorsale. La base de la griffe est en continuité avec la
peau des doigts au niveau du pli unguéal et recouvre la troisième phalange.
Sur le plan microscopique, une étude
de Mueller et al. a démontré quelques particularités,
qu’il est important de connaître :
-
on n’observe pas de couche granuleuse au niveau de
l’épiderme ventral
-
des papilles dermiques sont présentes au niveau de la
sole
-
aucune annexe n’est présente dans le derme sous-jacent
à la griffe, mais on y observe des îlots d’une substance fondamentale basophile
et des foyers cartilagineux
-
la présence d’une fissuration dermo-épidermique est
fréquemment observée chez des chiens sains dans les matrices dorsales et
ventrales et dans l’épiderme dorsal
-
un infiltrat lichénoïde mononucléé de faible intensité
peut être rencontré à la jonction dermo-épidermique chez des chiens sains,
ainsi que des vacuoles intranucléaires artéfactuelles
La griffe pousse en permanence. Son
extrémité distale est normalement usée lors de la marche ou directement par
l’animal (griffures, mordillements), ce qui évite que les griffes ne deviennent
trop longues. Chez certains animaux toutefois, la coupe régulière des griffes
peut être nécessaire car la pousse est trop rapide et/ou l’usure trop faible.
La griffe est constituée de kératines
très dures, riches en soufres, empilées en amas.
La composition minérale des griffes a
été récemment rapportée par Harvey (Harvey RG and Markwell PJ The mineral
composition of nails in normal dogs and comparison with shed nails in canine
idiopathic onychomadesis, Vet Dermatol, 1996, 7, 29-34).
Cette affection est très fréquente
chez le chien, les griffes des pouces étant le plus souvent touchées. La
fracture de la griffe est douloureuse et entraîne un léchage parfois violent,
une hémorragie peut être associée. Une éxérèse de la partie fracturée doit
être pratiquée rapidement pour permettre une repousse correcte de la griffe.
Lorsque la partie proximale est touchée, il est possible d’appliquer localement
de la colle (type cyanoacrylate) pour permettre une repousse correcte de la
griffe.
Lorsqu’il est isolé (c’est à dire sans
atteinte associée des autres structures podales), cette affection est très rare
chez le chien, mais il s’agit d’une cause importante d’atteinte des griffes
chez le chat. Le plus souvent, il apparaît à la suite d’une maladie systémique
sous-jacente (rétrovirose ou diabète chez le chat, hypothyroïdie, diabète ou
maladie de Cushing chez le chien).
Il peut également être
secondaire : c’est le cas le plus fréquent dans l’espèce canine ;
dans ce cas de figure, l’onyxis est consécutif à une pododermatite bactérienne
« classique », qui s’étend au niveau du repli unguéal et de la
griffe.
Les signes cliniques regroupent un
périonyxis, une onychoschisie, une onychorrhexie et une onychomadèse. Le plus
souvent, un pus épais est présent à la base de la griffe. Il peut être
nécessaire de manipuler délicatement l’étui corné pour faire sourdre une
gouttelette de pus.
Le diagnostic est clinique et surtout
cytologique : l’exsudat est prélevé avec un écouvillon ou directement sur
une lame, coloré et examiné au microscope. La visualisation de nombreux
polynucléaires neutrophiles et d’images de phagocytose de cocci permet le
diagnostic. L’examen bactériologique avec antibiogramme peut être indiqué, car
il n’est pas rare que des bacilles soient en cause, et les durées de traitement
antibiotique sont longues pour les atteintes unguéales.
Le traitement fait appel aux
antiseptiques ou aux antibiotiques locaux (fucidine ou mupirocine) et surtout à
l’antibiothérapie systémique, administrée pendant de longues périodes (parfois
plusieurs mois).
Les dermatophytoses localisées aux
griffes sont très rares, tant chez le chien que chez le chat. On peut
rencontrer une déformation de la griffe et un onychorrhexis, la griffe devenant
friable. L’atteinte du repli unguéal est systématique. Le diagnostic passe par
la culture fongique réalisée à partir de l’étui corné et éventuellement sur
l’examen histopathologique qui montre une invasion par les filaments mycéliens.
Le traitement repose sur l’utilisation d’antifongiques, par voie locale (les
vernis utilisés dans l’espèce humaine sont très intéressants dans cette
indication) et par voie générale (griséofulvine, kétoconazole, itraconazole).
Le traitement doit être long, car il doit être poursuivi jusqu’à disparition
complète des champignons, en pratique jusqu’à ce que l’étui corné malade ait
disparu distalement.
Onyxis à Malassezia
Une des principales causes d’onyxis
chez le chien dans mon expérience ! La présentation clinique est très
typique, avec coloration brunâtre de la base de la griffe, associée à un prurit
podal (onychophagie). Le diagnostic est facile : l’enduit doit être
prélevé avec une lame de scalpel et étalé sur une lame porte-objet, qui sera
colorée et observée au microscope. De très nombreuses levures sont identifiées
à leur aspect caractéristique. Le traitement local doit être agressif :
nettoyage quotidien des griffes, application locale d’un antifongique
(éventuellement azolés par voie générale).
Il s’agit principalement de la
leishmaniose : une onychogryphose est en effet fréquemment rencontrée dans
cette maladie, sans inflammation associée. La cause de l’allongement anormal
des griffes n’est pas connue.
Toute inflammation podale peut
provoquer secondairement une inflammation du repli unguéal et donc une anomalie
des griffes. C’est notamment le cas des dermatites allergiques et surtout de la
dermatite atopique canine. On observe un périonyxis et une onychogryphose,
parfois associés à une coloration brunâtre de la base de la griffe, mais sans
enduit épais. Le diagnostic de dermatite allergique est essentiellement
clinique chez le chien, les tests allergologiques n’étant utiles que pour
identifier les allergènes en cause et pour réaliser une éviction ou une
désensibilisation.
L’atteinte des extrémités est assez
fréquente dans cette dermatite auto-immune superficielle. On rencontre le plus
souvent, notamment chez le chat, un périonyxis suppuré qui s’accompagne d’une
onychorrhexie. Un cas de pemphigus foliacé exclusivement localisé aux griffes a
été rapporté par Guaguère et Magnol récemment.
Le pemphigus vulgaire est un pemphigus
profond, dans lequel on peut rencontrer une atteinte des griffes :
onychorrhexie et surtout onychomadèse sont notées. D’autres localisations
(jonctions cutanéo-muqueuses, abdomen, face) sont systématiquement présentes.
L’atteinte des griffes est assez
fréquente dans la pemphigoïde bulleuse. On remarque surtout une onychomadèse ou
une onychogryphose associée à un périonyxis érosif et ulcératif.
Il s’agit d’une maladie générale
avant d’être une dermatose. A côté des symptômes généraux, on rencontre des
lésions cutanées variables (érythème, lupus discoïde, …). Des cas
d’atteinte podale et notamment de périonyxis érosif accompagné d’onychogryphose
et/ou d’onychorrhexie ont été rapportés.
L’alopecia areata est une dermatite
probablement auto-immune, dans laquelle des auto-anticorps et des lymphocytes
auto-réactifs ont pour cible certaines kératines pilaires. Un cas de
trachyonychie a été rapporté chez un Rhodesian Ridgeback présentant une pelade.
Ces lésions unguéales sont un bon signe d’appel de cette maladie chez l’homme.
Les ichtyoses regroupent diverses
entités caractérisées par une anomalie du processus de kératinisation, qui conduit
à l’apparition de squames sur la peau. Des cas d’ichtyose avec onychogryphose
sévère ont été rapportés par Carlotti.
Deux syndromes différents sont
rapportés : le premier apparaît chez des chiens jeunes de races prédisposées
(notamment les chiens nordiques), le second chez des chiens de grand format qui
reçoivent une ration alimentaire inadaptée (trop riche en phytates ou en
calcium qui empêchent l’absorption du zinc). A côté des signes cliniques
classiques (état kératoséborrhéique et dermatite érythémato-squameuse
péri-orificielle), on peut rencontrer une onychogryphose. Des cas limités aux
doigts avec perionyxis et onychorrhexie ont été rapportés par Carlotti.
La dermatomyosite est une entité mal
comprise chez le chien. Selon les auteurs, une origine virale ou génétique est
possible. Des troubles musculaires sont observés en association avec les
symptômes cutanés. L’atteinte des griffes est presque systématique dans cette
maladie, avec onychogryphose, onychorrhexis et parfois onychomadèse.
Carlotti a décrit un cas de naevus
épidermique linéaire congénital, qui atteignait tout un membre, avec extension
jusqu’aux coussinets et onychogryphose sur deux doigts.
Certaines tumeurs peuvent se
localiser dans le pli unguéal et provoquer un onyxis puis une onychomadèse.
C’est notamment le cas des mastocytomes, du carcinome épidermoïde et des
mélanomes. Une radiographie du(es) doigt(s) est
indiquée et le plus souvent une exérèse large doit être pratiquée (amputation
du doigt voire du membre).
Il faut être particulièrement
attentif aux carcinomes épidermoïdes unguéaux chez les chiens noirs (Schnauzer,
Briard, Setter Gordon), qui ont tendance à atteindre plusieurs doigts et à
métastaser aux autres pattes.
Chez le chat, les tumeurs unguéales
sont rares. Des métastases cutanées d’adénocarcinome pulmonaire sont
rencontrées avec prédilection dans cette localisation.
Cette maladie, bien décrite chez
l’homme, est due à un spasme des artères digitées, secondaire au froid. Des cas
assez proches ont été rapportés chez quelques chiens, qui présentaient une
douleur digitée avec onychogryphose et acrocyanose. L’utilisation d’un
vasodilatateur, l’isoxsuprine, a permis une nette amélioration des lésions.
Cette entité est très mal cernée. Il
s’agit d’une maladie caractérisée par des anomalies exclusivement localisées
aux griffes chez le chien. Souvent plusieurs pieds sont touchés. Les lésions
vont et viennent. On observe une déformation des griffes, qui deviennent
fragiles et qui ont tendance à l’onychorrhexie et à l’onychomadèse. L’examen
histopathologique est caractérisé par une onychite d’interface, avec
dégénérescence ballonisante des cellules de la basale, fissurations
dermo-épidermique et présence d’un infiltrat inflammatoire,
lymphoplasmocytaire, à la jonction dermo-épidermique. Cette entité a été
rapprochée sur des critères histopathologiques du lupus cutané, mais des études
supplémentaires sont indiquées avant de conclure, d’autant plus que les
premiers cas décrits étaient négatifs en immunofluorescence directe. Le
traitement de cette entité fait appel aux acides gras essentiels, à l’association
tétracyclines/nicotinamide ou éventuellement dans les cas rebelles à la
corticothérapie. J’ai observé plusieurs
cas qui ont présenté une amélioration marquée après la mise en place d’un
régime d’éviction alimentaire, peut-être grâce aux AGE contenus dans le régime
d’éviction.
Comme nous avons pu le voir, l'étiologie des
atteintes isolées des griffes est vaste: traumatismes, infection bactérienne,
dermatomycose, néoplasme, maladies auto-immunes (pemphigus, lupus), vasculite,
idiopathique. En outre, les symptômes cliniques associés à ces différentes
maladies sont relativement peu spécifiques dans cette localisation
(onychodystrophie, onychomalacie, onychorrhexis, onychomadèse) et les examens
complémentaires disponibles sont théoriquement nombreux. La démarche
diagnostique doit donc être standardisée, afin de permettre un diagnostic
étiologique à moindre coût.
Dans une récente étude (Mueller RS et
al. Diagnosis of canine claw disease- a
prospective study of 24 dogs. Veterinary Dermatology, 2000, 11,
133-141), 24 chiens présentant une atteinte exclusive des griffes ont été
enrôlés. Il s'agissait pour tous les animaux d'onychomalacie et d'onychomadèse,
associées dans 2 cas à un onychorrhexis et dans 2 autres cas à un
onychoschisis. Les Bergers allemand étaient nettement prédisposés. Une batterie
complète d'examens complémentaires a été systématiquement réalisée dans chaque
cas: analyse d'urines, numération-formule, examen biochimique, dosage de la T4
totale, dosage des anticorps anti-nucléaires, examen bactériologique avec
antibiogramme, examen cytologique des exsudats, culture fongique, biopsies de
la peau et de la griffe sous anesthésie générale. Dans tous les cas, un régime
d'éviction a été administré pendant 6 à 8 semaines (à base de kangourou,
d'émeu- les auteurs sont australiens- ou de lapin, avec des pommes de terre).
Les anomalies observées pour les examens biochimiques et hématologiques ou
urinaires n'étaient pas significatives. Aucun cas ne présentait
d'hypothyroïdie. Les anticorps antinucléaires étaient dans les valeurs
usuelles. L'examen cytologique a mis en évidence dans 46 p.cent des cas une
infection bactérienne. La culture bactériologique était positive pour 12 animaux.
Malgré ces résultats, un seul chien a présenté une rémission complète de ses
lésions avec une antibiothérapie adaptée. La présence d'une infection
bactérienne au niveau des griffes est donc le plus souvent secondaire à une
maladie sous-jacente. La culture fongique est systématiquement restée négative.
Le régime d'éviction a permis une rémission complète des lésions dans 4 cas.
Les lésions histopathologiques étaient très semblables pour tous les animaux
étudiés sauf un, quel que soit le diagnostic étiologique final (intolérance
alimentaire, infection bactérienne ou maladie immunologique). Les modifications
histopathologiques observées au niveau des griffes doivent donc être étudiées
avec attention, car il s'agit parfois de remaniements non spécifiques. On peut
conclure que les examens complémentaires à privilégier en première attention
chez un animal présentant une atteinte isolée des griffes sont la cytologie, la
culture bactériologique, la biopsie et la mise en place d'un régime d'éviction
alimentaire.
Cet examen nécessite le prélèvement
de tout l’étui corné, ainsi que des matrices dorsale et ventrale et de
l’épiderme dorsal et ventral de la griffe. Le prélèvement de la griffe seule
n’est en effet que rarement diagnostique car il ne permet pas d’observer les
lésions de l’épiderme ni des matrices.
La technique de référence reste donc l’amputation sous anesthésie
générale de la troisième phalange. Lorsque plusieurs doigts sont atteints, il
faudra privilégier le prélèvement d’un pouce, qui est moins traumatisante pour
l’animal.
Une nouvelle technique de prélèvement biopsique,
sans amputation, est rapportée dans une étude récente (R.S. Mueller, Olivry T.
Onychobiopsy without onychectomy: description of a new biopsy technique for
canine claws. In: Proceedings 14th AAVD/ACVD Congress, Nashville, 1998, p81).
Le doigt est tondu délicatement, mais aucune préparation chirurgicale n’est
effectuée afin d’éviter de masquer les lésions histopathologiques. Un garrot
est mis en place. Le trépan est placé à la base de la griffe, sur la face
médiale du doigt. Une pression est effectuée et le trépan est tourné
horizontalement pour pénétrer médialement à travers la griffe. Il s’enfonce
alors dans les tissus profonds jusqu’à la phalange distale, avant de ressortir
en prenant latéralement la peau périunguéale. La base du prélèvement ainsi
obtenu est saisie délicatement à l’aide d’une pince et coupée avec une paire de
ciseaux ou une lame de scalpel. Le prélèvement est ensuite essuyé et plongé classiquement
dans le fixateur. Deux sutures sont nécessaires pour éviter l’hémorragie
post-opératoire, et la pose d’un pansement compressif pendant quelques heures
ou quelques jours est souhaitable. Tous les
prélèvements obtenus par cette méthode ont permis d’obtenir des examens
histopathologiques de qualité, en particulier avec suffisamment d’épithélium
unguéal. 28 chiens ont été biopsiés avec cette technique, et aucun animal n’a
présenté de boiterie ou de gêne au moment du retrait des points ou après plusieurs
mois de suivi. En revanche, une douleur post-opératoire pendant les premières
48 heures a été rapportée. Cette technique semble rapide (moins de 5 minutes)
pour un praticien expérimenté et évite l’amputation inutile de la troisième
phalange. Elle pourrait donc être essayée en cas de prélèvements multiples des
griffes, dont l’amputation provoquerait une gêne importante pour le chien dans
les jours suivant l’opération voire une boiterie à long terme. En revanche,
l’amputation de la troisième phalange, de par sa simplicité, reste probablement
d’actualité lorsqu’un seul doigt est atteint, ou que les propriétaires ne
s’opposent pas à ce geste chirurgical.
Les maladies des griffes sont relativement
rares chez les carnivores domestiques. Leur diagnostic nécessite souvent le
recours à l’histopathologie cutanée. Chez le chat, toute atteinte unguéale doit
être prise en charge rapidement, car il s’agit souvent de maladies
potentiellement graves.
Scott DW, Miller WH,
Scott DW, Miller WH Disorders of the claw and clawbeds
in dogs. Comp Cont Ed Pract Vet,
1992, 14, 1448-1458.
Scott DW, Miller WH Disorders of the claw and clawbeds
in cats. Comp Cont Ed Pract Vet,
1992, 14, 449-457.
Muller
R et al. Microanatomy of the canine claw. Vet Dermatol, 1993, 4, 5-11.
Carlotti DN Claw diseases in dogs and cats.
Eur J Small Animal Pract, 1999, 9, 21-33.
Les pododermatites du chien et du chat
Dr Méd Vét, Dip ECVD, Cert
Derm Vét, DU Allergologie/Immunologie
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On appelle pododermatite un ensemble
d’affections cutanées atteignant un ou plusieurs pieds. Il s’agit chez le chien
d’une entité extrêmement fréquente, qui peut poser de nombreux problèmes de diagnostic
et de traitement. Le motif de consultation peut être dermatologique (alopécie
ou prurit podal), mais peut également être une boiterie. Chez le chat, les
pododermatites sont plus rares, mais souvent plus graves, que chez le chien. Le
plus souvent, les pododermatites sont multifactorielles, avec de fréquentes
pyodermites secondaires, on parle de « complexe pododermatite ».
Le pied du chien et du chat est constitué
de plusieurs zones distinctes. Les doigts sont au nombre de quatre ou cinq sur
chaque patte sauf exception dans certaines races Berger qui possèdent deux
pouces sur les pattes postérieures. Les doigts sont séparés par les espaces
interdigités. Deux zones distinctes sont présentes sur chaque pied : la
face dorsale et la face ventrale, en contact avec le sol. A ce niveau, la peau
présente une structure semblable à celle du reste du tégument cutané. Les
griffes sont des productions cornées spécialisées qui prolongent et protègent
les doigts. Les affections des griffes sont traitées dans un paragraphe à part.
Enfin, les coussinets sont des zones particulières, au niveau desquelles
l’épiderme est très épais et festonné. Ils permettent l’adhérence au sol grâce
à la présence de nombreuses villosités et de glandes sudoripares particulières.
En outre, ils protègent les autres structures podales des traumatismes lors des
déplacements et jouent le rôle d’amortisseur pendant la marche.
Les pieds du chien constituent une
zone humide et chaude, avec de nombreux replis, subissant en permanence des
traumatismes. Ils sont en outre en contact direct avec l’environnement, ce qui
les prédispose à des blessures. On comprend donc aisément qu’un grand nombre
d’affections cutanées soient rencontrées dans cette localisation.
Dans l’espèce canine, la majorité des
lésions du pied concerne les espaces interdigités et les doigts. Les coussinets
et les griffes sont rarement atteints, au contraire de l’espèce féline.
Le tableau suivant rapporte les principales
dermatoses rencontrées soit exclusivement, soit principalement, soit dans le
cadre d’une dermatose systémique, au niveau podal. Par la suite, ne seront
traitées que les maladies localisées exclusivement aux pieds, ou qui prennent
un aspect particulier dans cette zone, ou encore qui y tiennent une place
importante de par leur fréquence.
|
Etiologie |
Fréquence chien |
Fréquence chat |
Localisation* |
|
Irritations Corps étrangers Brûlure ou gelure Bactéries Dermatophytes Levures Démodécie Trombiculose Leishmaniose Ankylostomose Dite à Pelodera Virus (maladie de Carré/Poxvirose) Dermatites allergiques Génodermatoses Troubles de la kératinisation Dermatites auto-immunes Psychodermatoses Syndrome hépato-cutané Néoplasmes et métastases cutanées Pododermatite plasmocytaire |
+++ +++ + ++++ + +++ +++ +++ + + + + +++ + + + + + ++ - |
+ + + ++ ++ + + + ? ? ? + ++ + + + ++ ? ++ ++ |
P P P E/P/S E/P/S E/P/S E/P/S P P/S P P E/P/S P/S P/S P/S P/S P/S P/S P/S E |
* E-exclusive ; P- principale ; S- dans le
cadre d’une dermatose intégrée
Tableau : principales dermatoses atteignant les
pieds chez le chien et le chat
Lorsqu’un seul pied est atteint, il faut
suspecter en premier lieu la présence d’un corps étranger ou d’un néoplasme.
Les épillets de graminées provoquent
souvent des lésions au niveau podal. Ces corps étrangers pénètrent dans les
espaces interdigités, en créant des lésions fistuleuses, parfois profondes, qui
engendrent une boiterie et un léchage intense, d’apparition brutale. Il faut
penser à la présence d’un corps étranger face à toute lésion podale unilatérale
d’apparition soudaine chez le chien. Le traitement nécessite la découverte et
le retrait du corps étranger associé à une antisepsie pendant quelques jours.
Les tumeurs podales sont
relativement rares. Il s’agit le plus souvent de tumeurs digitées. On rencontre
des carcinomes épidermoïdes, des mastocytomes et des mélanomes. Toute masse ou
ulcération digitée apparaissant sur un seul pied doit faire suspecter
l’évolution d’un processus néoplasique et justifie la réalisation de biopsies
cutanées.
Une autre cause de pododermatite
unipodale est l’existence d’un trouble du comportement engendrant un
prurit localisé (dermatite de léchage, onychophagie). Le plus souvent il s’agit
d’un rituel ou d’une manifestation d’une anxiété. Le diagnostic éthologique est
primordial. Le traitement fait appel à la phéromonothérapie, à la
chimiothérapie à base d’anxyolytiques et à la thérapie comportementale.
Pododermatites
environnementales.
Une des premières causes d’atteinte
cutanée podale est liée au contact direct avec l’environnement. La présence de
substances irritantes ou caustiques est à l’origine du développement de
dermatoses inflammatoires irritatives, qui sont fréquentes au contraire des
dermatoses par allergie de contact vraies. Les hydrocarbures, les herbicides,
les engrais (...) peuvent être responsables. Les lésions regroupent
l’apparition d’un érythème et d’un léchage intenses, parfois d’une boiterie. La
mise en évidence de la substance responsable de l’apparition des lésions
cutanées est parfois difficile. Le traitement nécessite un nettoyage soigneux.
Il faut éviter de futurs contacts avec la substance corrosive.
Les pododermatites fongiques sont
fréquentes. On retrouve des lésions à type d’exsudat blanchâtre envahissant les
espaces interdigités et la face ventrale de la palmure. Les dermatophytes
atteignent rarement les pieds (sauf Trichophyton mentagrophytes et Microsporum
persicolor, qui sont des dermatophytes telluriques), et il s’agit surtout
dans cette localisation de levuroses: Malassezia pachydermatis et Candida
albicans. La malasseziose est une complication fréquente des dermatoses
allergiques. La candidose est rare. Elle survient après une blessure le plus
souvent. Le diagnostic passe par la réalisation d’examens microscopiques de
l’exsudat, de cultures fongiques et le traitement est basé sur l’utilisation de
substances antifongiques localement ou par voie générale, principalement à base
d’azolés.
Les causes de pododermatite
parasitaire sont nombreuses. La démodécie se localise très souvent au
niveau podal, on parle parfois de pododémodécie. Celle-ci peut évoluer seule ou
dans le cadre d’une démodécie généralisée. Les lésions initiales débutent par
un érythème (“ rougeur ” de la peau), éventuellement associé à des
squames et à une mauvaise odeur. Les lésions se modifient très rapidement sous
l’effet de la macération, des traumatismes et des surinfections, et on note des
furoncles, des ulcères, des fistules, une nécrose de la peau. La démodécie podale
est difficile à traiter et doit toujours être considérée comme une démodécie
généralisée : traitement acaricide topique (amitraze dilué dans le
propylène glycol) ou systémique (milbémycine oxime 0.5 à 2 mg/kg/j) administré
jusqu’à obtention de deux séries de raclages cutanés négatifs à un mois
d’intervalle. Il faut rechercher une maladie sous-jacente lors d’apparition
d’une pododémodécie chez un chien âgé.
La trombiculose se localise
souvent au niveau des espaces interdigités. Les larves parasites sont facilement
visibles à l’oeil nu, sous la forme de petits points orangés. Elles provoquent
un léchage important des extrémités, d’apparition brutale, après une sortie en
fin d’été. Un traitement acaricide permet de contrôler les symptômes.
D’autres parasites sont plus rarement
rencontrés, qui affectent des chiens entretenus dans de mauvaises conditions
d’hygiène (larves de Pelodera). Les larves sont présentes dans les
litières humides et souillées et pénètrent à travers les follicules pileux
et/ou la peau en contact avec le sol (espaces interdigités, face ventrale du
corps). Elles provoquent l’apparition de démangeaisons et d’érythème, parfois
de papules. Plusieurs chiens d’un effectif peuvent être atteints simultanément.
Le diagnostic nécessite la réalisation de raclages cutanés ou d’examens
coprologiques. Le traitement passe par la vermifgugation des animaux et par la
désinfection du milieu extérieur.
Pododermatites allergiques.
Il s’agit de la deuxième cause
d’atteinte podale chez le chien après les infestations parasitaires. Le léchage
intensif des extrémités des pattes est un signe majeur de dermatite allergique
chez le chien. On peut le retrouver en cas de dermatite atopique,
d’allergie/intolérance alimentaire ou, moins
souvent, en cas de dermatite par allergie aux piqûres de puces. Les dermatites
par allergie de contact, rares chez le chien, peuvent provoquer l’apparition de
lésions uniquement podales. Dans ce cas, la substance allergisante est présente
dans l’environnement. Les lésions sont donc initialement localisées sur les
zones en contact avec le sol (il s’agit d’un élément important d’orientation).
On observe des vésicules (rarement), un érythème, et un léchage des pieds. Des
complications bactériennes apparaissent assez vite. Le
substances allergisantes sont variées. Il faut être particulièrement
méfiant vis à vis des détergents, des nettoyants ménagers (surtout ceux
contenant de l’eau de Javel), et du bichromate de potassium contenu dans le
ciment.
Les causes les plus fréquentes
d’apparition de nodules ou de fistules au niveau podal sont les infections
bactériennes, surtout liées à Staphylococcus intermedius, mais aussi
plus rarement à des mycobactéries, à des bactéries du genre Nocardia ou Actinomyces,
les infections fongiques (qui restent rares : kérion dermatophytique,
sporotrichose, phaeohyphomycose), les néoplasmes cutanés et certaines maladies
immunologiques mal comprises (pyogranulome stérile par exemple).
Les pododermatites bactériennes
sont dues à la multiplication de bactéries pathogènes (Staphyloccocus
intermedius) dans la peau. Au contraire du reste du tégument cutané, les
lésions bactériennes sont peu évocatrices au niveau du pied: on rencontre
principalement un épaississement cutané et des ulcérations, éventuellement des
fistules. Les pustules sont rares. On rencontre en revanche des lésions sous
forme de nodules de plus ou moins grande taille (“ kystes
interdigités ”), qui correspondent à des furoncles. A cause de
l’environnnement facilement souillé et humide de cette zone, ces surinfections
bactériennes sont extrêmement fréquentes chez le chien et doivent
systématiquement être suspectées en cas d’atteinte podale. Le diagnostic
nécessite la réalisation d’examens cytologiques du produit des lésions
cutanées, éventuellement d’un examen bactériologique avec antibiogramme et le
traitement impose l’utilisation d’antibiotiques. La mupirocine ou la fucidine
en applications locales sont d’excellents choix de traitement empirique de
première intention. En prévention, l’utilisation de balnéations fréquentes avec
des antiseptiques, comme la chlorhexidine, est intéressante.
Les mycoses profondes
(cryptococcose, sporotrichose, blastomycose, …) sont rares mais peuvent toucher
sélectivement les pieds, sous la forme d’érosions ou d’ulcérations, parfois de
nodules suintants. Le diagnostic est principalement histopathologique.
Certaines tumeurs cutanées se
localisent préférentiellement au niveau podal. C’est notamment le cas des
carcinomes épidermoïdes chez les chiens noirs. Un seul pied peut être atteint,
mais il existe des formes atypiques, avec atteinte de plusieurs pieds, parfois
d’origine métastatique. Des métastases d’adénocarcinome bronchique sont
localisées aux doigts dans l’espèce féline. Elles se manifestent sous la forme
de nodules suintants, envahissants, qui provoquent une boiterie. Le diagnostic
passe sur la cytoponction à l’aiguille fine et sur la biopsie cutanée.
Le pyogranulome stérile est
une affection d’origine indéterminée. Les lésions sont caractérisées par
l’apparition de nodules qui sont principalement localisés au niveau des espaces
interdigités. Une fistulisation est possible. L’examen cytologique montre la
présence de polynucléaires neutrophiles et de macrophages en l’absence de
germes. L’examen bactériologique est stérile. L’examen histopathologique montre
une réaction pyogranulomateuse, sans mise en évidence d’élément figuré avec les
colorations spéciales. Le traitement repose sur une immunomodulation.
Enfin, une dermatofibrose nodulaire
est rapportée, notamment chez le Berger allemand. Cette dermatose se manifeste
cliniquement sous la forme de nodules localisés préférentiellement, bien que
non exclusivement, aux extrémités podales. Les lésions sont associées à une
tumeur rénale ou utérine, souvent de mauvais pronostic.
Les érosions et les ulcères localisés
au niveau podal sont relativement peu fréquents. On peut rencontrer ce type de
présentation clinique en présence d’une nécrose cutanée (brûlure, vascularite
par exemple) ou de détachement dermo-épidermique (maladies auto-immunes,
toxidermies par exemple).
Les brûlures et les gelures
sont rares. Elles surviennent le plus souvent chez de jeunes chiots. Leur
éventuelle apparition impose d’être attentif lors de séjours à la montagne. Une
prophylaxie (tannage des coussinets palmaires et plantaires) est souhaitable.
Les dermatites auto-immunes
provoquent surtout des lésions des coussinets et sont traitées dans le
paragraphe suivant.
La poxvirose est rencontrée
chez des chats ruraux, chasseurs de rongeurs. Elle est due à l’inoculation
transcutanée d’un Orthopoxvirus de la famille des Poxviridae, qui provoque
initialement une lésion ulcérée et croûteuse. Dans un délai de 4 à 16 jours de
multiples lésions secondaires apparaissent sur tout le corps. Il s’agit de
macules, papules et nodules qui s’ulcèrent rapidement. Ces lésions sont plus ou
moins prurigineuses selon les chats. Vingt pour cent des chats atteints
développent en outre des lésions ulcérées de la langue et de la cavité buccale.
Dans de rares cas, des signes généraux (abattement, anorexie, hyperthermie,
conjonctivite, coryza) sont rapportés. Lors d’évolution favorable, on note une
cicatrisation spontanée des lésions secondaires en quelques semaines. Lors de
surinfection bactérienne ou lors d’immunodépression due au virus FIV,
l’évolution peut être beaucoup plus dramatique avec généralisation des lésions
cutanées et pneumonie entraînant parfois la mort de l’animal. Le diagnostic est
clinique, cytologique (mise en évidence d’inclusions éosinophiles
intracytoplasmiques dans les kératinocytes), histopathologique (corps
d’inclusions éosinophiles intracytoplasmiques, dilatant les cellules de
l’épiderme et des annexes), et repose éventuellement sur la microscopie
électronique et sur la PCR. Il n’existe pas de traitement spécifique de la
poxvirose. La corticothérapie est contre-indiquée et peut être responsable de
la généralisation des lésions.
Les principales dermatoses des
coussinets se présentent sous la forme d’épaississements ou d’ulcération. De
très nombreuses maladies peuvent atteindre cette zone.
Des cas d’épaississement des coussinets chez des
chiots atteints de maladie de Carré ont été rapportés sous le nom de
“ hard pad disease ” (maladie des coussinets durcis).
Scott a décrit l’existence de cornes
cutanées localisées aux coussinets plantaires de chats séropositifs pour le
virus FeLV. Il a été possible d’isoler le virus sur des cultures de cornes
cutanées. Ces cornes sont uniques ou multiples et de forme conique ou
cylindrique de quelques mm d’épaisseur et de 1 à 2 cm de haut. Le traitement
repose sur l’exérèse chirurgicale. On peut rapprocher ces troubles de la
kératinisation d’affections rencontrées chez l’homme comme le syndrome de
Reiter ou l’ichthyose acquise rencontrées chez des sidéens. Ces troubles
prolifératifs auraient un mécanisme pathophysiologique semblable, à savoir la
stimulation des kératinocytes, soit directement par le virus, soit par les
cytokines libérées par les monocytes ou les lymphocytes T infectés par le virus
HIV ou FIV.
Ces affections débutent cliniquement
par une douleur importante d’un ou plusieurs coussinets plantaires, le coussinet
métacarpien ou métatarsien semblant le plus souvent atteint. Les coussinets
sont volumineux, mous et décolorés et présentent à leur surface une fine
striation et de fines squames. Les coussinets les plus atteints finissent par
s’ulcérer, laissant apparaître un tissu de granulation exubérant, saignant
facilement au moindre attouchement et très douloureux. Les chats atteints sont
généralement en bonne santé. Certains chats présentent une stomatite
plasmocytaire associée. Jusqu’à 50 % des chats atteints seraient infectés
par le FIV. Il a été possible dans une autre étude de retrouver des cellules
immunoréactives au virus FIV dans l’infiltrat inflammatoire sur des coupes à
congélation d’un coussinet de chat atteint.
Génodermatoses.
La dermatose répondant à
l’administration de zinc, de type I chez les chiens nordiques qui
présentent une anomalie de l’absorption intestinale de zinc, de type II chez
des chiots de races de grande taille en croissance dont la ration est
déséquilibré avec un excès de phytates et/ou de calcium, est rare. Les lésions
podales sont surtout caractérisées par un épaississement marqué des coussinets.
On peut également noter des squames et/ou des croûtes. Le diagnostic passe par
la réalisation de biopsies et le traitement, simple, nécessite une
supplémentation en zinc et un rééquilibrage de la ration alimentaire.
Chez le Bull Terrier, une maladie
rare, l’acrodermatite léthale atteint un ou plusieurs chiots de la même
portée. Les animaux sont petits, chétifs et présentent des lésions alopéciques
et croûteuses des extrémités rapidement surinfectées. La maladie est mortelle à
moyen terme à cause de déficits immunitaires généralisés se traduisant par des
infections cutanées, respiratoires et digestives.
Certains chiens, principalement des
Irish Terriers et des Dogues de Bordeaux présentent une hyperkératose
digitée localisée au niveau des coussinets. Les coussinets sont très
épaissis, craquelés, avec la formation de véritables cornes exubérantes. Le
traitement est symptomatique et consiste à ramollir l’excès de kératine et à
couper ou tailler les lésions.
Les pemphigus sont rares. Ils regroupent
diverses entités caractérisées par la présence d’auto-anticorps dirigés contre
des constituants des desmosomes, qui sont des éléments importants de l’adhésion
interkératinocytaire. Le pied est une localisation préférentielle de ces
dermatites. Parfois il s’agit de la seule région atteinte. Les lésions
atteignent les quatre membres, au niveau des coussinets, des griffes, plus
rarement des espaces interdigités. On observe des ulcérations, des croûtes, un
épaississement des coussinets, beaucoup moins fréquemment des pustules. Le
diagnostic est difficile, basé sur la conjonction d’arguments cliniques, et
surtout sur la réalisation de biopsies cutanées. Le traitement nécessite une
immunosuppression par les corticoïdes ou par l’azathioprine.
Les maladies auto-immunes de la
jonction dermo-épidermique sont très rares. On distingue la pemphigoïde
bulleuse, la pemphigoïde des muqueuses, l’épidermolyse bulleuse acquise, la
dermatose à IgA linéaire, en fonction de la cible des auto-anticorps. Les
présentations cliniques de ces maladies sont assez semblables avec apparition
de bulles puis d’ulcères. Les pieds peuvent être atteints, mais souvent en
association avec d’autres localisations (notamment la face, les points de
pression et les muqueuses). Le diagnostic fait appel à l’examen
histopathologique de biopsies cutanées, à des techniques immunologiques parfois
sophistiquées (immunofluorescence, western blot) et/ou à la microscopie
électronique. Le traitement repose sur une immunomodulation.
Les vascularites sont des
affections des vaisseaux. La plupart d’entre-elles est d’origine auto-immune,
mais il existe également d’autres causes (médicamenteuses, infectieuses). Les
lésions siègent préférentiellement au niveau des vaisseaux de petit calibre. En
pratique les extrémités des membres ou des pavillons auriculaires sont souvent
touchées. Cliniquement, il s’agit de lésions ulcératives à l’emporte-pièce,
parfois nécrotiques et hémorragiques. Un cas relativement typique est l’ulcère
profond localisé au centre d’un coussinet (rôle aggravant des
traumatismes ?).
La maladie des agglutinines
froides est due à une coagulation excessive dans les vaisseaux de petit
calibre situés au niveau des extrémités lors de temps froid ou du contact avec
une substance froide. Les vaisseaux sanguins thrombosés ne permettent plus le
passage du sang et on observe une acrocyanose précédant des pertes de substance
à type d’érosions ou d’ulcères.
Le syndrome hépatocutané est
une entité rare du chien âgé, due à la présence d’un cancer du foie ou d’une
cirrhose. Les mécanismes d’apparition des lésions cutanées sont inconnus, bien
qu’une hypoaminoacidémie puisse être à l’origine des troubles cutanés.
L’hyperglucagonémie, systématique chez l’homme, est rarement présente dans
l’espèce canine. On décrit des coûtes, des lésions exsudatives au niveau de la
face, des jonctions cutanéomuqueuses et des extrémités. Les coussinets sont
épaissis et craquelés. Le diagnostic repose sur les biopsies de peau, qui
montrent un aspect caractéristique : parakératose massive, œdème de la
couche granuleuse et acanthose des couches profondes. Aucun traitement n’est
efficace et le pronostic doit être réservé.
Des cas de calcinose localisés
aux coussinets ont été rapportés chez des chiens souffrant d’insuffisance
rénale chronique. Une hyperparathyroïdie secondaire est probablement à
l’origine de ces dépôts ectopiques de calcium. Les coussinets sont épaissis,
douloureux et parfois ulcérés. Le diagnostic repose sur l’histopathologie. Le
traitement de l’insuffisance rénale est indiqué.
La démarche diagnostique simplifiée
des atteintes podales chez le chien et le chat est résumée dans la figure 1.
Quelques éléments méritent d’être
soulignés :
Le traitement des pododermatites fait
souvent appel à une thérapeutique locale, sous forme de pommade, de crème, de
gel, ou de lotion. Il est très important de bien expliquer au propriétaire les
modalités d’application des produits et surtout les modalités d’hygiène
podale : nettoyage régulier, séchage fréquent.
Conclusion
En conclusion, un très grand nombre
de dermatoses atteignent les pieds. Les surinfections sont très fréquentes et
rapides dans cette zone facilement souillée, humide et chaude, à replis cutanés,
subissant des traumatismes permanents. Ceci explique que le tableau clinique
dermatologique est rarement typique, et
que le diagnostic des pododermatites est difficile. “ Diagnostiquer et
traiter les pododermatites chez le chien est l’art de la dermatologie ” a
déclaré P.J.Irhke, professeur de dermatologie vétérinaire en Californie.
Plus que dans toute autre zone, la
prévention apparaît donc essentielle. Il faut éviter les traumatismes inutiles,
tanner les coussinets trop mous, nettoyer régulièrement les espaces
interdigités avec des shampooings adaptés (et bien rincer !), sécher les
pattes après une sortie par temps humide, inspecter les espaces interdigités en
cas de léchage (rechercher un épillet de graminée, des ectoparasites en
particulier larves de Trombicula autumnalis)… En résumé être attentif et
hygiénique évite les problèmes au long cours.

figure 1 : démarche
diagnostique simplifiée des pododermatites, adapté d’après Zeineb Alhaidari